Contenu

Vous êtes iciAccueil » Société » Une


1918-2018 : 100 ans après la fin des massacres

Société_100 ans Guerre.jpg

Société_100 ans Guerre.jpg

En octobre et novembre 2018, une exposition originale à l’Université Toulouse Capitole, pour comprendre comment sa Faculté de droit s’est engagée dans la Grande Guerre. Entre dénonciation de la barbarie allemande et réflexions sur la prévention des conflits.

15 juin 2017 imprimer en PDF

 « Nous avons souhaité retracer ce qui s’était passé à l’université, du côté des étudiants comme des enseignants, afin de donner chair à l’histoire locale de cette guerre et contribuer au devoir de mémoire », indique Florent Garnier, directeur du Centre Toulousain d’Histoire du Droit et des Idées Politiques (CTHDIP), qui a rassemblé documents et témoignages pour cette exposition, avec le soutien actif de la Mission archives de l’université.

Parmi les découvertes marquantes, celle de l’existence d’un livre d’or rédigé de 1918 à 1924 à la Faculté de droit, dont le but était de « dresser une liste funèbre et glorieuse » des étudiants morts pour la France.

« Le doyen a envoyé des courriers aux familles d’étudiants partis à la guerre pour connaître leurs situations. Ce livre d’or recense leurs faits d’armes. Il permet de se faire une idée de l’hémorragie provoquée par la guerre. De 1500 étudiants en 1905, la faculté de droit n’en comptait plus que 150 en 1916 ».

L’exposition a aussi permis d’exhumer des portraits photographiques d’étudiants de l’époque et de découvrir l’émergence de pensées collectives. « Il y a eu des mouvements de solidarité chez les enseignants, comme par exemple le reversement d’une partie des traitements mensuels à des œuvres de soutien aux blessés de guerre ».

Le conflit fut également un sujet d’étude et de réflexion pour les enseignants. Dans les discours prononcés à chaque rentrée par le doyen de l’université, Maurice Hauriou, on retrouve à plusieurs reprises la formulation de la « guerre du droit », opposant la civilisation française à la barbarie allemande.

« Il est intéressant de comprendre comment les juristes toulousains ont pensé le droit de la guerre et de la paix. Alexandre Mérignhac, par exemple, a beaucoup réfléchi à la question du règlement des conflits. Maurice Hauriou, quant à lui, préparait les étudiants à aller au front, mais il dénonçait aussi les maux de la guerre et réfléchissait au rôle du juriste dans la reconstruction du pays », explique Florent Garnier, qui note que « la vie de la faculté a rapidement repris son cours normal » après le conflit.

Soldats-étudiants américains

Au printemps 1919 -épisode peu connu de l’histoire toulousaine- l’université accueille 1200 soldats-étudiants américains, dont 167 à la faculté de droit. Ils suivent pendant plusieurs mois des cours aux Anciennes Facultés et voyagent dans la région. Les 14 numéros de leur journal ont été conservés. Exposés, ils donnent une idée de leurs perceptions d’un pays dévasté, saigné à blanc par la guerre.

Au total, l’exposition est composée de sept volets. Le premier retrace les événements de 1906, année de l’élection du doyen Maurice Hauriou, les autres sont consacrés aux années 1915, 1916, 1917, 1918, et 1919. On y découvrira des portraits d’enseignants et d’étudiants, des photos, des témoignages sur le quotidien de la faculté de droit, des extraits de discours, mais aussi des objets (uniformes, registres d’époque, journaux)…

Cette manifestation bénéficie du label « Mission Centenaire 14-18 ». Une exposition virtuelle, en ligne à partir du 11 novembre, permettra par ailleurs de croiser les expériences des facultés parisienne et toulousaine, grâce à un partenariat avec la bibliothèque interuniversitaire de Cujas.


Florent Garnier

Professeur d’histoire du droit et des institutions, directeur du Centre Toulousain d'Histoire du Droit et des Idées Politiques (CTHDIP), Florent Garnier a notamment publié avec Olivier Devaux « Ceux de la Faculté. Des juristes toulousains dans la Grande Guerre », collection Études d'histoire du droit et des idées politiques, Presses Université Toulouse Capitole, 2017.



Universit� Toulouse 1 Capitole