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Innovation : inciter les grandes entreprises à essaimer

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La France manque d’entreprises de taille intermédiaire. Les Danois ont trouvé la formule gagnante pour les multiplier : faire essaimer les grands groupes, et créer ainsi des start-up à forte croissance. Une idée à suivre.

5 mars 2015 imprimer en PDF

Comprendre pour entreprendre : Vous avez mené une étude sur un échantillon d’entreprises danoises et observé que l’essaimage est un levier de croissance fort pour les start-up, expliquez-nous.

Eric Jolivet : Nous avons étudié un échantillon d’une centaine d’entreprises, en particulier des start-up spécialisées dans les nouvelles technologies de santé, secteur où le Danemark fait référence en Europe.
Il apparait que parmi ces start-up, celles qui ont été créées dans le cadre d’un essaimage le plus souvent par d’anciens salariés de grands groupes dans un esprit d’innovation ouverte, connaissent la plus forte croissance.
Leurs fondateurs sont les mieux à même d’attirer des ressources et de récupérer des financements. Ces start-up ont ainsi plus de facilité à se transformer rapidement en entreprises de taille intermédiaire, ces fameuses ETI dont la France manque cruellement et qui sont indispensables au dynamisme de nos territoires.
L’essaimage apparaît donc comme un levier de croissance fort pour les entreprises. Si cela semble être une déduction logique, ce lien n’avait jusqu’à présent pas été prouvé. Il est donc primordial aujourd’hui d’inciter les grands groupes à essaimer.

Existe-t-il un profil type d’entreprises facilitant l’essaimage ?

En principe non, mais en pratique oui ! Aujourd’hui on voit des essaimages réussis le plus souvent dans des grands groupes et surtout dans les entreprises qui ont l’habitude de favoriser l’innovation ouverte.
En Midi-Pyrénées, on sait par exemple que le groupe Airbus mène une véritable politique d’essaimage, encourageant l’innovation ouverte et favorisant la création d’entreprises.
Les choses sont plus compliquées en revanche, quand l’essaimage est utilisé pour reconvertir des cadres, dans un contexte défensif, en cas de plan de sauvegarde de l’emploi par exemple.
D’ailleurs, pendant trop longtemps l’essaimage a été associé exclusivement à ce type de situations, alors que ce n’est pas sa vocation première. On pense en région Midi-Pyrénées, à Motorola ou Sanofi par exemple.

En quoi l’innovation ouverte favorise-t-elle l’essaimage ?

L’innovation ouverte consiste pour une entreprise à travailler dans le cadre de la recherche-développement et innovation, au sein d’un réseau ouvert sur l’extérieur et non plus uniquement en interne.
Pour que cela fonctionne, il faut une logique de perméabilité à l’intérieur d’un écosystème de confiance. Cela passe notamment par un partage des ressources et des connaissances.
Il faut que l’entreprise mère accepte que les ressources la quittent pour y revenir plus tard. Cela crée un nouveau souffle et peut ensuite représenter pour elle un retour d’investissement non négligeable.

 

Eric Jolivet

Maître de conférences, Eric Jolivet est responsable du Master management de l’innovation proposé en formation continue par l’Institut d’Administration des Entreprises au sein de l’Université Toulouse Capitole.
Chercheur au Centre de Recherche en Management de Toulouse, spécialiste du management de l’innovation, il consacre ses travaux au management stratégique de la technologie, de l’innovation et à l’entreprenariat. Il a reçu en 2014 le soutien de l’Agence National de la Recherche pour un projet sino-européen d’étude des premières " smart eco-cities " mondiales.
 

En chiffres

La France compte 235 entreprises de dimension mondiale, 4700 Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI) et 2400000 PME et TPE.
Deux fois moins d’ETI que l’Allemagne ou la Grande-Bretagne.
Sont appelées ETI les sociétés employant de 250 à 4999 salariés. (Rapport Retailleau, 2010)

Pour en savoir plus

Innovation, les recettes des territoires performants, un article d’Eric Jolivet publié à l’occasion de l’Innovation Connecting Show, à Toulouse.
L’origine des créateurs de start-up, une variable déterminante, une recherche comparative entre France et Japon.
Universit� Toulouse 1 Capitole