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Obésité : évaluer l'impact des politiques publiques

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Pierre Dubois a contribué à l’évaluation de l’impact des logos nutritionnels apposés aux produits alimentaires depuis avril 2017. Verdict ? Plus efficaces qu’une interdiction de la publicité sur la junk-food mais moins que d’éventuelles taxes. Interview.

16 juin 2017 imprimer en PDF

Comprendre pour Entreprendre : Comment avez-vous évalué l’impact de ces logos nutritionnels et que révèle votre enquête ?

Pierre Dubois : Cette évaluation a été menée à la demande du Fonds français pour l’alimentation et la santé. Nous avons testés les logos pendant dix semaines dans différentes grandes surfaces à travers le territoire. Les achats des consommateurs ont été examinés puis comparés à ceux effectués pendant la même période de l’année précédente. Il s’agissait d’évaluer dans quelle mesure les logos proposés jouaient un rôle quant à la qualité nutritionnelle des produits alimentaires choisis. L'étude s'est basée sur les données fournies par les cartes de fidélité.

Les résultats montrent que les quatre logos qui étaient testés avaient un impact favorable, mais que celui qui a le plus fort impact est le logo Nutriscore. Il classe les produits en cinq catégories de A à E avec un dégradé de couleur allant du vert au rouge, et a donc finalement été retenu par le gouvernement. Deux des autres logos qui avaient aussi un impact positif, bien que moins fort sur les achats, étaient plus analytiques et informatifs, mais probablement plus difficiles à interpréter.

Que pensez-vous de ce choix ?

D’un point de vue normatif, j’aurais préféré le logo le plus informatif possible. Néanmoins l’objectif final est de faire évoluer le comportement du plus grand nombre de consommateurs possible et donc il peut y avoir un intérêt à donner moins d’informations, si elles sont plus faciles à comprendre. En effet l’étude qualitative qui a été menée parallèlement à la mienne a montré que seuls les gens les plus « éduqués » étaient favorables aux logos analytiques, or les logos doivent impacter le plus grand nombre, en particulier les populations défavorisées plus exposées à la junk-food.

Interdire la publicité sur la junk-food aurait-il été plus efficace que ce système de logos ?

Je rappelle que la publicité sur la junk-food est déjà interdite dans les programmes destinés aux enfants. Pour le reste, généraliser cette interdiction m’apparaît plutôt comme une fausse bonne idée.
En effet la publicité a un effet très fort sur les consommateurs. Elle permet aux marques de se différencier en vendant du rêve. Sans publicité, les industriels seraient incités à se livrer à une véritable guerre des prix pour attirer la clientèle. Au final, la baisse des tarifs pourrait pousser les gens à acheter plus de junk food, ce qui est à l'opposé de l'effet recherché.

Existe-t-il une solution alternative ?

L’autre solution, probablement plus efficace, serait de taxer l’industrie lorsqu'elle vend des produits de mauvaise qualité nutritionnelle, mais évidemment les géants de l’agroalimentaire sont contre. Par ailleurs, les associations de consommateurs ne sont pas prioritairement sur ce combat. Pour l'instant, elles militent avant tout pour l’interdiction de la publicité sur la junk food sans se rendre compte de l’effet délétère que produirait la baisse des prix. Il n'y a pas de mouvement d'opinion massif en faveur d'une taxation des junk food.

Mais les logos ne risquent-ils pas eux de faire monter les prix ?

C’est possible, mais je pense quand même que ces logos sont un compromis plus équilibré. En effet l’industrie alimentaire va proposer davantage de meilleurs produits. Si hausse des coûts il y a, elle s’accompagnera quand même d'une montée en gamme bénéfique pour la santé des Français.

Enregi

Pierre Dubois

Professeur d’économie à l’Université Toulouse Capitole, Pierre Dubois est directeur scientifique de Toulouse School of Economics. Ses travaux portent notamment sur l’économie industrielle, les modèles de demande, l’économie de la santé et du secteur pharmaceutique, l’alimentation.

 

Pour aller plus loin

"The effect of Banning Advertising in Junk Food Markets", Pierre Dubois, Rachel Griffith and Martin O'Connell, Review of Economic Studies, Mars 2017.

Le rapport du Fonds français pour l’alimentation et la santé évaluant les logos nutritionnels.

Toute les modalités et règles d’apposition du nouveau logo Nutriscore.
Universit� Toulouse 1 Capitole