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Pourquoi votre facture d'électricité va continuer d'augmenter

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Pas un jour sans que les médias ne titrent sur la croissance en panne. Pour Claude Crampes, la transition énergétique est pour beaucoup dans cette stagnation. Et les prix de l’énergie ne sont pas prêts de baisser !

10 septembre 2014 imprimer en PDF

Comprendre pour entreprendre : Vous estimez que la stagnation économique européenne est largement liée au coût élevé de l’énergie. Pourquoi ?

Claude Crampes : On ressasse que l’économie va mal, que la croissance s’est effondrée, en évoquant le coût du travail, les errances de la finance, les déficits publics ou la crise ukrainienne... Mais jamais les hommes politiques, n’évoquent le coût de la transition énergétique dans laquelle nous sommes engagés, et ses répercussions sur notre économie !
Je m’explique : en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, les pays de l’Union européenne appliquent ce que l’on appelle « la feuille de route 2050 ». Un programme qui prévoit d’ici cette date de réduire de 80% les émissions polluantes mesurées en 1990 afin de limiter le réchauffement climatique, ce qui revient à produire une énergie quasiment dé-carbonée. Ce n’est pas un projet en l’air. Dans le cadre du système européen d’échanges de quotas, les autorisations de rejets de gaz à effet de serre diminuent chaque année de 1,74%. La cible intermédiaire d’une baisse de 20% entre 1990 et 2020 est aujourd’hui à portée.
 
Mais pour décarboner l’énergie, nous dépensons beaucoup : nous misons exclusivement sur les énergies vertes, en particulier l’éolien et le solaire, sources intermittentes et pour l’instant coûteuses. La France n’est pas le seul pays engagé dans cette démarche, quasiment tous les pays européens font de même ; mais ni l’Asie ni le continent américain ne sont concernées. Et cela pénalise l’économie européenne.

Par quel mécanisme cette transition énergétique se répercute-t-elle sur nos factures d’électricité ?

On le sait peu, mais en France, chaque consommateur paie avec sa facture d’électricité une Contribution au service public de l’électricité (CSPE), taxe qui ne dit pas son nom, dont le montant est fixé chaque année par le gouvernement sur proposition de la Commission de régulation de l’énergie et qui sert -entre autres- à financer le coût de l’exploitation de l’éolien et du solaire par EDF.

Pour l’exercice 2014, ces charges sont évaluées à 8,4 Mds €, dont plus de la moitié pour le poste " énergies renouvelables ".
Si l’on rentre dans les détails, on s’aperçoit que l’argent dépensé pour financer le solaire a été multiplié par plus de dix depuis 2010 et que les dépenses liées à l’éolien ont triplé.

En 2010, la CSPE coûtait à chaque foyer 4,5 € le mégawattheure consommé. En 2014, elle dépasse les 16€ mais il faudrait la porter à 22,5 € pour équilibrer les comptes, la différence étant -provisoirement ?- à la charge d’EDF. Ces sommes, ce sont bien les consommateurs, vous et moi, qui les payons et ce n’est évidemment pas prêt de s’arrêter compte tenu de la " feuille de route 2050 " dans laquelle nous sommes engagés. On estime que pour la seule année 2012, le surcoût créé par la CSPE était de 220 €TTC par ménage.

Vous souhaiteriez que l’Europe cesse ses efforts environnementaux ? C’est une position difficile à tenir !

Bien sûr que non. Lutter contre les émissions de gaz à effet de serre est une bonne chose : je suis pour, il faut le faire ! Je pense en revanche qu’il faudrait le faire de façon plus honnête, c’est-à-dire en disant aux ménages que cela coûte cher et se répercute actuellement de manière très marquée sur la croissance de nos Etats. Au contraire, la reprise économique américaine est directement liée à la baisse du prix de l’énergie aux Etats-Unis, obtenue grâce à l’exploitation du gaz de schiste.

D’autre part, je relève de nombreux paradoxes dans la méthode choisie en France. Par exemple, miser essentiellement sur l’éolien et le photovoltaïque ne me semble pas efficace car on ne sait pas pour l’instant stocker l’électricité et on ne contrôle donc pas la production de ces énergies intermittentes.

Le solaire est très efficace pour faire fonctionner la climatisation, c’est moins vrai quand il s’agit de chauffage ! Ces énergies obligent donc à conserver, prêtes à fonctionner, les centrales conventionnelles, pour compléter la production dans les périodes sans vent ni soleil. Cela augmente forcément le prix de l’énergie produite. D’autres mécanismes de répartition des dépenses seraient souhaitables. Pour diminuer d’un tonnage donné les émissions de gaz, l’installation de panneaux solaire est douze fois plus coûteuse que la mise en place de filtres sur les cheminées des usines. Qui le sait ?

Enfin, c’est bien que l’Europe s’engage, mais seule une quarantaine de pays sur 200 sur la planète, sont engagés dans cette démarche et certains secteurs d’activité hyper polluants comme les transports ne sont tout simplement pas concernés : souvenez vous des bonnets rouges bretons. Cela coûterait moins cher si tout le monde jouait le jeu. Cette question peut-elle seulement être évoquée ?
 


Claude Crampes

Professeur émérite à la Toulouse School of Economics et chercheur à l’Institut d’Economie Industrielle, ce spécialiste en économie industrielle et économie des réseaux a été membre du conseil économique de la Commission de Régulation de l’Electricité (CRE) de 1999 à 2001 et consultant pour la Banque Mondiale en 1995, 1998 et 2005. EDF est l’un des contributeurs de l’Institut d’Economie Industrielle.
 

Pour aller plus loin


Le site du Réseau de Transport d’Electricité (RTE) permet de suivre en temps réel la production d’électricité, dans les différentes filières.

Claude Crampes publie régulièrement des articles sur les questions énergétiques sur un blog, avec Thomas-Olivier Léauthier, responsable du Master en management du risque à l'université et directeur de recherche à TSE.
Universit� Toulouse 1 Capitole
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