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Protéger les forêts : quelles politiques publiques ?

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La déforestation est une des causes du changement climatique. Mais pas facile d’y mettre fin. Une évaluation des expériences de terrain est indispensable pour repérer les politiques publiques les plus pertinentes, estime Sylvain Chabé-Ferret.

16 septembre 2015 imprimer en PDF

Très souvent provoquée par les besoins de l'agriculture, la déforestation perturbe le cycle de l’eau et réduit la biodiversité, mais les forêts jouent aussi un rôle essentiel dans l’atténuation du changement climatique car elles absorbent le dioxyde de carbone de l'atmosphère. D'après l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), elles peuvent en stocker jusqu’à 15 tonnes par hectare et par an. Lorsqu’elles sont surexploitées ou incendiées, en revanche, elles deviennent des sources de gaz à effet de serre. Environ 10% des émissions de gaz à effets de serre seraient ainsi imputables à la déforestation.

Selon la FAO, il est urgent de stopper ce mouvement et d'accroître au contraire la superficie des terres boisées. Ces politiques pourraient permettre de compenser quelque 15% des émissions de carbone dues à l’utilisation de combustibles fossiles dans les 50 prochaines années. Un programme de l'ONU lancé en 2008, REDD (Reducing Emissions from Deforestation and forest Degradation in Developping countries), vise ainsi à limiter le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effets de serre grâce aux forêts, et s'engage à donner au carbone des forêts une valeur financière.
 
Taxes ou interdiction ?

En quarante ans, environ 800 000 km² de forêt amazonienne ont été détruits, sur un total de 5,5 millions de km². Grâce à la mise en place d'amendes par le gouvernement brésilien de Lula, ce rythme a ralenti depuis le milieu des années 2000, mais environ 6000 km² de forêt disparaîtraient encore chaque année.

Plusieurs politiques ont été mises en place dans les pays de la région pour inciter les acteurs locaux à protéger la forêt : interdire la déforestation comme l'a fait Lula, les inciter à ne pas couper de bois par des taxes, ou payer les propriétaires pour qu'ils plantent ou entretiennent la forêt (on appelle cela les paiements pour services environnementaux).

" L'avantage de la taxe est que seules les forêts vraiment profitables seront coupées. Si le bois vendu ne rapporte pas beaucoup plus que les taxes liées à l'émission de gaz à effet de serre, on peut imaginer que la forêt sera préservée. Mais ces politiques sont difficiles à mettre en œuvre dans les pays en développement, car il y a un risque de corruption et de coupes forestières non déclarées ", affirme Sylvain Chabé-Ferret, spécialiste des méthodes d'évaluation en environnement à TSE.

En réalité, personne ne connaît aujourd'hui la méthode la plus efficace pour lutter contre la déforestation. " C'est tout le problème. Théoriquement la taxe est la plus efficace, mais sa mise en œuvre sur le terrain est délicate. Les paiements pour services environnementaux sont moins contraignants. Ils ont été mis en place au Mexique, au Costa Rica, au Brésil, et dans certains pays d'Afrique. Ces outils hybrides laissent les acteurs libres, en leur proposant une compensation financière. La grande question est : qu’est ce qui marche en pratique ? ".
 
Economie de la preuve

Plusieurs équipes de chercheurs tentent aujourd'hui de mesurer les effets des politiques publiques qui visent à faire baisser la déforestation en Amazonie. L'une de ces équipes analyse a posteriori l'efficacité de l’interdiction de couper du bois promulguée par le gouvernement Lula, assortie d’une surveillance satellite et de peines d’amendes.

Une chute spectaculaire de la déforestation avait suivi cette politique. Pour autant, il reste difficile de mesurer le pur effet de cette politique car à la même époque, l'élevage était devenu une activité moins intéressante en raison d’une chute des cours de la viande et du soja, ce qui a pu aussi inciter à moins détruire de forêt.

" Les modèles utilisés par les économistes mettent en avant l’efficacité des taxes et du marché plutôt que l’usage de normes ou subventions publiques, mais on n'en a pas de preuve concrète. Il s’agit maintenant de tester ces prédictions théoriques ", observe Sylvain Chabé-Ferret.

" Depuis 20 ans, on a assisté à une révolution de la crédibilité en économie. Dans les domaines de l’emploi et de l'éducation, des expériences de terrain se sont multipliées avec des tests pour comparer les effets de différentes politiques. Mais ce mouvement commence à peine à concerner l'économie de l’environnement ", explique-t-il.

Le jeune chercheur espère que la COP21, qui se tiendra en décembre à Paris, allouera un budget pour des projets environnementaux sur le terrain, afin d'évaluer plus systématiquement l'efficacité comparée des différentes politiques, et ainsi optimiser l’action publique.
 

Sylvain Chabé-Ferret

Économiste de l’environnement et ingénieur de recherche à l’INRA, Sylvain Chabé-Ferret a travaillé pour l'IRSTEA, (Institut de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture) avant d’intégrer le groupe environnement de Toulouse School of Economics (LERNA). Investi dans le débat public, il tient un blog et présente aussi ses recherches appliquées sur son site.
 

S'inspirer des recherches médicales ?

Pour lutter efficacement contre la déforestation, Sylvain Chabé-Ferret préconise des études contrôlées et randomisées.

 

 

Pour aller plus loin


L’économie du développement à l’épreuve du terrain
, un entretien avec Esther Duflo, une des pionnières des expériences randomisées en économie du développement.
Universit� Toulouse 1 Capitole