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Réformer l’enseignement des " sciences éco "

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Faut-il absolument faire la part belle aux maths ? Franck Portier a participé à la mission Hautcoeur, chargée de revoir les cursus de sciences économiques des universités. Interview.

9 septembre 2014 imprimer en PDF

Comprendre pour entreprendre : D’où vient l’idée de réformer l’enseignement des sciences économiques à l’université ?

Franck Portier : La question n’est pas nouvelle. En 2001 déjà, le rapport Fitoussi avait donné des orientations sur le sujet, sans que cela n’aboutisse cependant à de réelles modifications des cursus. À la suite de la crise financière, la question de la validité des approches et des outils des économistes s’est à nouveau posée : ne donne-t-on pas trop d’importance aux approches d’équilibre en concurrence et information parfaite ? La science économique n’est elle pas trop spécialisée, ne faisant pas assez de place aux sciences humaines ? La reine d’Angleterre, elle-même, lors d’une visite à la London School of Economics en 2008, s’était étonnée publiquement que personne n’ait vu venir la crise.

On a beaucoup polarisé le débat entre le choix d’une économie très matheuse et celui d’une filière plus tournée vers les sciences humaines. Qu’en pensez-vous ?


Les détracteurs des approches formalisées jugent l’enseignement actuel désincarné. Ils demandent la création d’une section « économie et société » au Conseil National des Universités. Cette section recruterait des enseignants aux profils différents, car ils estiment qu’ils sont discriminés dans le nombre de postes attribués. Le rapport Hautcoeur n’a pas retenu la création de cette section : le meilleur moyen de faire évoluer les choses nous a semblé au contraire de maintenir l’ensemble des économistes dans une même section afin de confronter les points de vue et de progresser. À la fin, c’est la qualité des travaux qui doit primer, et non leur étiquette prétendument orthodoxe ou hétérodoxe.

Quelles transformations de l’enseignement vous sembleraient les plus pertinentes ?

L’essentiel est de privilégier l’aller-retour permanent entre la théorie et le terrain, pour avoir un enseignement adapté à notre monde contemporain.
L’enseignement à la française est souvent plus théorique qu’empirique. Or, il est impératif d’intégrer des données, des épisodes historiques, des cas pratiques. L’enseignement de la théorie est indispensable, mais il n’est pas suffisant. Comme dans toute discipline, la pédagogie doit être davantage orientée vers le questionnement que vers la mémorisation et la répétition Les étudiants devraient, dès la première année, mener un projet personnel dans lequel ils construiraient eux-mêmes leurs données, avant de les exploiter en utilisant les outils statistiques et économiques. Mais il manque des moyens pour les faire travailler ainsi en petits groupes.

Le rapport Hautcoeur s’interroge aussi sur les débouchés des étudiants et sur les carrières des enseignants.

En France, les entreprises embauchent surtout en tant que cadres des élèves de grandes (et petites) écoles. Dans le rapport, nous insistons sur le fait que un emploi à l’université n’est pas l’horizon indépassable de nos docteurs: ils doivent exercer leurs talents dans les entreprises et dans l’administration. D’autant plus que les postes à l’université souffrent d’un manque d’attractivité. Il faut également arrêter de considérer que l’agrégation du supérieur est un critère nécessaire pour recruter les professeurs d’université. L’existence de ce concours n’a pas d’équivalent à l’étranger et complique terriblement le recrutement des centres de recherche en économie.

Quels impacts peut-on espérer de ce rapport ?

Cela dépendra du choix du ministre, et de chaque université… Mais mieux payer les enseignants et accorder plus de dotations aux chercheurs font partie des conditions indispensables pour envisager une évolution favorable. Parmi les propositions réalisables à court terme, je retiens l’idée du congrès annuel réunissant toutes les associations d’économistes. Cela permettrait d’établir collectivement des critères pour améliorer la pédagogie, et d’orienter les carrières de manière plus juste.

Selon vous, la manière d’enseigner la discipline ne constitue qu’une partie d’un problème plus global… Que voulez-vous dire ?

Le recrutement des étudiants à l’université est le vrai cœur du problème. De nombreux élèves de Terminale généraliste s’orientent vers les BTS et les IUT et se servent de ces formations courtes comme tremplin pour entrer à l’université à partir de la licence Dans le même temps, les titulaires de Bacs professionnels sont évincés des filières courtes et se retrouvent à l’université, où l’enseignement plus abstrait et moins encadré ne leur convient pas. C’est très inefficace et explique largement les taux d’échec que nous connaissons à l’université. Il est très difficile de mettre en place une pédagogie adaptée aux profils incroyablement hétérogènes des étudiants des deux premières années.
 

Franck Portier

Professeur d’économie à l’université Toulouse Capitole et vice-président de l’école d’économie de Toulouse (TSE), Franck Portier a fait partie des experts auditionnés avant la publication du rapport Hautcoeur. Il est aussi directeur de recherche à l’Institut d’Economie Industrielle et travaille notamment sur les fluctuations macro-économiques et sur le phénomène actuel de récession.

 

Vers une pédagogie de terrain

L'enseignement des sciences économiques doit d'avantage s'ancrer dans le réel

 

 

Pour aller plus loin

Le rapport Hautcoeur peut être consulté ici.
Le site de Franck Portier
 
Universit� Toulouse 1 Capitole
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