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Confinement : convaincre les récalcitrants

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Michael Becher a coordonné une recherche sur les déterminants du respect du confinement. Des résultats qui pourraient contribuer à améliorer l’efficacité de l’action publique, si l’épidémie devait nous contraindre à de nouvelles périodes d’enfermement.

19 juin 2020 imprimer en PDF

Quels facteurs empêchent l’adhésion du public aux politiques de santé publique ? Quels sont les groupes les plus récalcitrants, qui mériteraient d’être plus fortement ciblés par des campagnes d’informations ? Les chercheurs participant à l’étude « Attitudes towards Covid-19 », menée dans une dizaine de pays du monde, à partir du mois de mars, ont identifié les thèmes sur lesquels il y avait un fort consensus et ceux qui, au contraire, ont été les plus controversés pendant la crise.

Une bonne obéissance aux règles…

« Une grande majorité des Français s’est conformée aux nouvelles règles sanitaires. Par exemple, plus de 85 % n’ont pas rencontré d’amis ou de parents pendant la semaine de Pâques, selon notre estimation. C’est une part bien plus importante qu’en Allemagne, en Australie ou aux États-Unis. L’un des éléments d’explication que nous pouvons avancer, est que les restrictions ont été plus fortes dans l’hexagone, du fait de la sévérité de la crise », avance Michael Becher.

Le chercheur souligne d’autres enseignements.
Les femmes et les personnes âgées se sont avérées plus respectueuses des règles que les hommes et les jeunes. De même, les personnes consciencieuses, avec un sens important du devoir, ont été assez naturellement plus respectueuses des consignes que la moyenne. « Les personnes extraverties, ainsi que les partisans de l’extrême droite et de l’extrême gauche, sont parmi les moins susceptibles d’adhérer au confinement», poursuit Michael Becher qui précise n’avoir trouvé aucun lien statistique entre le niveau d’éducation et le degré de respect des règles imposées dans ce contexte.

… Malgré une forte colère envers les pouvoirs publics

Le bon respect global des restrictions par les Français cache un taux de satisfaction particulièrement bas à l’égard de la gestion de la crise par les pouvoirs publics, selon l’enquête Ipsos­SopraSteria pour le Cevipof.

« D’après les données récoltées mi-avril, dans de nombreux pays, 60 à 90 % des citoyens ont été satisfaits des politiques menées par leurs gouvernements, comme en Nouvelle-Zélande (91 %), en Autriche (84 %) et en Allemagne (74 %). Cette bonne évaluation est plus modérée en Grande-Bretagne (61 %) et en Italie (55 %). Les Français apparaissent comme les moins satisfaits (à 38 % seulement), devant les États-Unis (47 %) ».

La cote de confiance envers Emmanuel Macron et son gouvernement s’est en effet fortement érodée quelques jours après le début du confinement. Au premier plan des griefs adressés à l’exécutif, le manque de masques et de tests de dépistage, thèmes qui sont allés jusqu’à susciter un sentiment de colère croissant.

 « Les gens étaient plus affectés, plus anxieux au sujet du virus que dans la plupart des autres pays. En Allemagne, le gouvernement disposait de tests plus nombreux, et il s’est excusé à propos du problème des masques », explicite Michael Becher.

Conseils pour la gestion de crise

Les chercheurs se sont aussi penchés sur l’évolution des préoccupations des citoyens dans l’après confinement, face aux nouvelles règles sanitaires et sociales imposées pour la reprise du travail et de l’école.

« À cette étape, la dimension économique prend de l’importance parmi les préoccupations, au détriment de la santé, qui était au premier rang des peurs exprimées. Les inégalités se sont creusées pendant la période, en fonction du niveau de revenu et des métiers exercés, qui exposaient plus ou moins au virus », souligne Michael Becher, qui note que l’un des défis du moment, le retour à l’école, n’est envisageable qu’à condition d’apaiser la défiance envers les décideurs.

Le projet « Attitudes towards Covid-19 » a pour objectif de proposer des réponses éclairantes permettant d’aider les responsables politiques à mieux gérer à l’avenir ce type de crise.

« Tant qu’on ne possède pas de vaccin, si l’on veut que la population continue à suivre les règles, il semble important de bien expliquer et répéter les règles, et de faire beaucoup de pédagogie. Les populations ont tendance à respecter les recommandations dans les jours qui suivent le discours des responsables politiques, puis à se relâcher », analyse Michael Becher.

La période de déconfinement est très délicate à cet égard, car la population est de nouveau autorisée à se déplacer et à aller au restaurant, l’épidémie est contrôlée, et pourtant on n’est pas encore dans un retour à la normale. Une quatrième vague d’enquêtes sera lancée en septembre ou en octobre pour poursuivre la recherche.


Michael Becher

Professeur de Sciences politiques à l’Université Toulouse Capitole, chercheur à l’IAST, Michael Becher mène des recherches comparatives sur les systèmes politiques et s’intéresse également au rôle des syndicats.



L’enquête « Attitudes towards covid-19 »

Coordonnée par Michael Becher et trois chercheurs du CEVIPOF, Sylvain Brouard, Martial Foucault (Sciences Po) et Pavlos Vasilopoulos (Université de York), l’enquête « Attitude towards Covid-19 » a eu pour objectif d’analyser les comportements des citoyens face aux règles sanitaires et sociales imposées par les pouvoirs publics durant la pandémie.



 

Méthodologie

Trois vagues d’enquêtes en ligne ont été lancées : les 24, 25 et 26 mars au début du confinement, puis les 15 et 16 avril, et enfin début juin. En France, 2000 personnes, représentatives de la population adulte, ont répondu à ces enquêtes. Un échantillon similaire a été sondé aux États-Unis et en Allemagne, tandis que 1000 personnes seulement ont été interrogées dans les autres pays. Une quatrième vague sera lancée en septembre ou en octobre.



Universit� Toulouse 1 Capitole
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