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Dépression, anxiété, addiction : mieux accompagner les étudiants français

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Nicolas Tilli prône une prise en compte globale de la santé mentale sur les campus, à l’instar de l’accompagnement organisé par certaines universités américaines. La crise sanitaire rend plus nécessaire que jamais un tel suivi.

16 septembre 2020 imprimer en PDF

Comprendre pour entreprendre : Pourquoi vous pencher sur la santé mentale des étudiants ?

Nicolas Tilli : Vue de l’extérieur, la population étudiante est souvent considérée comme une population privilégiée. Or, les rares données publiées depuis 2016 font apparaître des signes de souffrances de plus en plus importants. Par exemple, l’Observatoire national de la vie étudiante signale dans son rapport de 2018 qu’1 étudiant sur 4 présente des symptômes anxio–dépressifs. 1 sur 6 se dit concerné par des violences physiques, sexuelles ou des faits de harcèlement. 1 sur 5 consomme des antidépresseurs.  

Pensez-vous que la période du confinement ait aggravé la situation ?

Il n’existe pas encore de données chiffrées sur cette question, mais c’est à craindre. Le confinement a mis en exergue des difficultés existantes et a suscité beaucoup d’inégalités et de souffrances, notamment en lien avec l’enseignement à distance.
En réalité, nous avions programmé une enquête sur la santé mentale des étudiants au printemps dernier, et elle a dû être reportée cet automne en raison du confinement.  

Quelle sera la finalité de votre enquête ?

Il s’agit de rendre compte de l’impact de la pandémie du Covid-19 et du confinement ; mais aussi de dresser un état des lieux de l’état de santé mentale des étudiants. Notre approche sera pluridisciplinaire, associant droit, psychologie, information et communication, en réponse aux préconisations de l’Organisation Mondiale de la Santé qui met en évidence les déterminants sociaux, économiques et environnementaux de la santé, notamment mentale.

Comment procédez-vous ?

Nous allons faire passer un questionnaire en ligne auprès des étudiants des trois campus toulousains pour identifier leur perception des problèmes de santé mentale, leurs représentations, leur éventuelle stigmatisation.

Nous allons mesurer les points forts, et à l’inverse, les absences ou faiblesses dans l’accompagnement proposé par les universités. Il s’agit d’observer par exemple comment celles-ci appréhendent la communication en matière de santé. En cas de crise, est-ce qu’elles font des campagnes de prévention ? D’un point de vue juridique, comment sont accompagnés les étudiants en souffrance… etc

Vous souhaitez aussi faire une analyse comparative, expliquez-nous ?

Le questionnaire va être adapté par des chercheurs partenaires puis soumis à des étudiants en Espagne, en Italie, aux États Unis et en Argentine. Cette idée d’analyse comparative a germé lors d’un colloque organisé sur le sujet en octobre 2019 à la Florida International University (Miami). Nous avons alors réalisé que les universités françaises avaient des carences sur ces sujets, notamment en matière de prévention primaire, c’est-à-dire concernant les actions d’information et communication qui pourraient être mises en place pour éviter que la souffrance ne s’installe. 

La France est-elle très en retard sur ces questions ?

Il y a, en tous cas, un certain manque de cohérence et certainement des pratiques susceptibles de nous inspirer chez nos partenaires. Par exemple la Florida International University dispose d’un service de prévention spécialement dédié à la santé mentale de ses étudiants et personnels, service qui bénéficie d’une fraction des droits d’inscription. L’université a mis en place un numéro de téléphone que les étudiants peuvent composer en cas de mal-être.

Les enseignants eux-mêmes sont impliqués...

Oui, dans cette université de Floride, ils sont amenés à suivre des formations pour apprendre à repérer et identifier les problématiques de souffrance psychique parmi leurs étudiants.   Des séances d’aides en ligne ou en présentiel sont également proposées aux étudiants, des films régulièrement projetés, des groupes de discussions organisés autour des problématiques de santé mentale, de discrimination et d’inégalités. Une radio universitaire offre un espace de parole important pour les membres de l’université… Tout est fait pour créer une conscience collective sur ces problématiques.

 

Nicolas Tilli

Maitre de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Toulouse Capitole, psychologue clinicien et juriste de formation, Nicolas Tilli est membre fondateur du Consortium international Communication pour le changement social.




Colloque : La santé mentale sur les campus face aux défis contemporains

Nicolas Tilli est co-organisateur d’un colloque international organisé en ligne les 26 et 27 octobre 2020, en partenariat avec la London School of Economics.
 


Une « radio libre » dans un hôpital psychiatrique

Nicolas Tilli étudie, au sein d’un consortium de recherche, les dispositifs de santé psychique innovants tels « Les Hauts Parleurs », radio créée avec et pour les patients de l’hôpital Marchand de Toulouse.
 




Pour aller plus loin

L'enquête OVE sur la santé des étudiant.e.s
Psycom : un site d’information fiable et accessible sur la santé mentale
Universit� Toulouse 1 Capitole
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