Contenu

Vous êtes iciAccueil » Politique » Une


Réguler le capitalisme pour sauver nos "biens communs"

Politique_Biens-NL.jpg

Politique_Biens-NL.jpg

Dérèglement climatique, explosion des inégalités, pandémies... de nouvelles politiques sont à inventer pour faire face à ces défis. C’est tout l’enjeu du sommet « Sauver le bien commun », organisé fin mai par Toulouse School of Economics.

17 juin 2021 imprimer en PDF

« Nous devons aujourd’hui nous demander dans quelle société nous souhaitons vivre », a posé en introduction Jean Tirole, président honoraire de l’école d’économie de Toulouse (TSE), prix Nobel d’économie 2014, connu pour ces travaux sur la régulation du capitalisme et auteur d’un ouvrage devenu best-seller, L’Economie du bien communCinq autres prix Nobel (Abhijit Banerjee, Angus Deaton, Esther Duflo, Bengt Holmström et Amartya Sen) ainsi que de nombreux autres chercheurs et dirigeants internationaux, ont participé aux débats organisés en ligne les 26 et 27 mai.

« En lien avec cette idée de préservation du bien commun, les échanges se sont concentrés sur quelques grands thèmes, l’économie numérique, le climat, la santé, la finance et les questions d’inégalités, en particulier les écarts d’inégalités creusés par la crise du COVID », précise Christian Gollier, directeur général de TSE, saluant « des échanges fructueux, qui ont permis de dessiner certaines pistes pour construire l’économie mondiale de demain ».

Taxer les plus riches

Sur le thème des inégalités avant et après la pandémie de Covid, Angus Deaton, de l’université de Princeton (Etats-Unis) et Prix Nobel d’économie 2015, a dressé un bilan sans concession de la situation dans son propre pays.

Si outre-Atlantique, les inégalités n’ont cessé de s’accroitre ces cinquante dernières années, la pandémie n’a fait qu’aggraver les choses, selon l’économiste qui a pointé, « des inégalités flagrantes sur le plan de l’éducation entre enfants défavorisés peu équipés en informatique et ceux scolarisés en établissements privés qui ont étudié à distance sans dommage ».

De même aux Etats-Unis, les morts du COVID ont été moitié moins nombreux parmi les diplômés du supérieur que dans l’ensemble de la population.

Angus Deaton souligne une autre inégalité qui a littéralement explosé, celle du patrimoine. « Les milliardaires américains ont vu leur fortune grimper de 100 milliards de dollars en un an et les titans de la tech, Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, ont été les grands gagnants de cette pandémie. Dans ce contexte, le Fonds monétaire international préconise une contribution Covid sur les très hauts revenus. Surtaxer les grandes fortunes serait tout aussi valide en cette sortie de crise qu’après une guerre », estime le Prix Nobel.

Cet accroissement des inégalités dans l’après corona, préoccupe aussi Esther Duflo, professeure au MIT et Prix Nobel d’économie 2019, à l’heure où les pays riches organisent une vaccination de masse. « Seulement 0,3% des doses de vaccins disponibles ont été envoyés vers les pays pauvres par les pays riches de l’Occident. Attention à ne pas laisser les plus pauvres sur le bas-côté », a alerté l’économiste, qui, depuis le début de la pandémie, plaide « pour l’instauration d’une taxe, même minimale, sur la fortune. »  

L’annulation de la dette : un non-sujet

Dette et bien commun. Ce sujet a également été abordé par Jean Tirole et Olivier Blanchard (Peterson Institute) à l’occasion du Common Good Summit lors d’un échange avec Hélène Rey (London Business School). Sur ce thème, les experts sont unanimes, « la dette a des vertus en temps de crise car elle permet de partager les fardeaux entre les générations. » Quant à la question d’une possible annulation ? « Un non-sujet, selon Jean Tirole, qui y voit « une solution dangereuse et délirante qui provoquerait une panique sur les marchés financiers ».

Un autre échange fort a eu lieu, à propos de la régulation possible des plateformes digitales américaines et chinoises, entre Bengt Holström, professeur au MIT et Prix Nobel d’économie 2016, et Thierry Breton, commissaire européen du marché intérieur, qui estime que « son boulot n’est pas de réguler mais d’organiser ».

« En Europe vous pensez que vous devez orchestrer les choses mais si les écosystèmes sont aussi gros en Chine ou aux Etats-Unis, c’est parce-que les gouvernements ont laissé des groupes se développer. Vous, Européens, ne suivez pas le business, vous lui mettez des contraintes » a jugé l’économiste.


Le sommet « Sauver le bien commun »

Cet évènement 100% digital a eu lieu les 27 et 28 mai 2021. Inauguré par le président Macron, organisé par Toulouse School of Economics, le magazine Challenges et Les Echos-Le Parisien Evènements, ce sommet inédit a rassemblé un auditoire de plus de 4000 personnes.



En replay

Une chaîne Youtube pour assister aux débats en différé



Pour aller plus loin

Un rapport Tirole-Blanchard sur l’économie post Covid

Quelles grandes pistes pour construire l’économie de demain ? C’est le sujet du rapport qui a été confié par Emmanuel Macron aux deux économistes Jean Tirole et Olivier Blanchard. Dans leurs travaux publiés le 23 juin, les deux économistes ont fait appel à l’expertise de 23 chercheurs internationaux. Un document, qui inspirera sans doute demain les politiques pour dessiner les nouveaux contours de l’économie mondiale.

Universit� Toulouse 1 Capitole
En appuyant sur le bouton "j'accepte" vous nous autorisez à déposer des cookies afin de mesurer l'audience de notre site. Ces données sont à notre seul usage et ne sont pas communiquées.
Consultez notre politique relative aux cookies