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Moocs : une révolution pour les universités et les entreprises

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Les Moocs sont le ferment de transformations profondes des formations initiales et continues. Point de vue de Lucien Rapp, auteur d’un rapport sur la question à l’Institut de l’Entreprise.

9 juin 2015 imprimer en PDF

Reposant sur des séquences courtes, avec des modules brefs de dix à quinze minutes, très vivants et illustrés, les Moocs (pour Massive Open On-line Courses) ne peuvent en aucun cas, être confondus avec l’enseignement à distance traditionnel. Ils font une large place à l’échange tant avec les professeurs qu’au sein de la communauté des apprenants, les discussions entre étudiants constituant un levier d’apprentissage majeur. Les Moocs récents utilisent aussi de plus en plus des outils de l’intelligence artificielle qui permettent d’adapter les exercices proposés aux difficultés de chacun.

Ces cours en ligne d’un nouveau genre, destinés à un large public et au départ gratuits, ont connu une croissance internationale rapide ces dernières années et sont venus bouleverser les modes traditionnels de diffusion et d’acquisition des savoirs. Il s’agit d’une révolution pédagogique sans précédent, rendue possible par les progrès récents des neurosciences en matière de connaissance du fonctionnement du cerveau humain.
 
Les universités contournées ?

C’est toute une chaîne de production nouvelle, qui est en train de se structurer aux États-Unis, qui n’a que de lointains rapports avec les méthodes et techniques de formation initiale ou professionnelle, telles que nous les connaissons. À l’origine d’un nouvel écosystème industriel, ces Moocs créent de toutes pièces de nouveaux métiers, aux confins des univers de l’audiovisuel et du numérique, de la formation à distance, de la reconnaissance vocale voire comportementale, du cryptage, du commerce électronique, du recrutement, de l’édition scientifique ...

Ce caractère radicalement nouveau du secteur peut expliquer le coût actuel d’un MOOC, de l’ordre de 100.000 euros, et les problèmes institutionnels non encore réglés. Qui sont les propriétaires des Moocs ? Quels droits, leurs concepteurs, leurs producteurs, leurs réalisateurs ont-ils sur eux ? Le rôle central de l’université et des grandes écoles dans la formation de nos élites peut-il être contourné par des entreprises privées qui feraient appel à des intervenants sous contrats ?

Aux États-Unis, les Moocs ont commencé à bouleverser l’enseignement supérieur en 2012, baptisée par le New York Times " Année des Moocs ". Ils y répondent, en particulier, à la demande croissante d’étudiants, dissuadés par les coûts prohibitifs des grandes universités et qui cherchent des cursus plus efficaces, moins dispendieux et mieux adaptés aux exigences du marché. Ils y suscitent aussi un intérêt croissant des milieux d’affaires américains, en particulier des fonds d’investissement.
 
Des modèles économiques nouveaux

La monétisation des Moocs se développe Outre-Atlantique. Plusieurs pistes sont explorées : vente d’espaces publicitaires, partenariat avec des cabinets de recrutement, certifications et cours particuliers payants, commercialisation de savoir-faire, mise à disposition de plateformes,...

Les universités américaines sont en train de se positionner pour tenter de profiter de ces opportunités et contrôler un phénomène qui pourrait modifier sensiblement leur organisation et leur fonctionnement. Les plus prestigieuses se servent des Moocs comme de produits d’appel de leurs formations sur site, qui demeurent irremplaçables par les rencontres et le réseau qu’elles permettent de constituer.

L’engouement que suscitent depuis quelques mois les SPOCs (Small Private Online Courses), cours hybrides conçus pour les salariés d’une entreprise, sur le modèle des Moocs, mais cette fois, payants, dans un contexte de formation continue, n’est pas anodin. Il serait dommage que les universités européennes n’y portent pas une attention plus importante.

L’Europe et notamment la France, sont aujourd’hui touchées par la vague. Dans un monde dominé par la rapidité des changements, il leur faut réagir vite et adapter, à leur tour, leurs offres de formation.
 

Lucien Rapp

Professeur de droit public, vice-président de l’université, chargé de la recherche, Lucien Rapp est l’auteur de plusieurs rapports officiels sur les incidences juridiques de la révolution numérique. Outre celui consacré aux Moocs, on peut citer un rapport récent sur les enjeux juridiques et les possibles régulations de la télémédecine mobile. Depuis 2014, Lucien Rapp est le directeur scientifique de la Chaire industrielle SIRIUS  (Space Institute for Research on Innovative Uses of Satellites), financée par le CNES, Airbus Defense and Space et Thalès Alenia Space.


Les Moocs révolution ou désillusion ? Le savoir à l’heure du numérique

Le rapport de Lucien Rapp pour l’Institut de l’Entreprise est consultable ici
Universit� Toulouse 1 Capitole
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