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Soutien familial : comment inciter les jeunes à travailler ?

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S'ils sont beaucoup aidés par leur famille, les jeunes diminuent leurs efforts. C’est ce que montre l’économiste Priscila Souza. Mais jusqu’où les laisser tomber ? En ces temps de crise, la bonne solution n’est pas évidente.

25 septembre 2013 imprimer en PDF

Pour étudier les transferts financiers au sein des familles et leur impact sur l’activité des jeunes, Priscila Souza, diplômée de Yale et membre de l’Ecole d'économie-TSE, s’est intéressée à un pays aux caractéristiques très particulières : l’Afrique du Sud.

Depuis la fin de l’apartheid, en effet, des pensions de base y sont versées à l’ensemble des retraités, indépendamment de leur couleur de peau. Mais le montant de ces pensions, faible pour les familles blanches, se révèle très élevé pour les noires, de l’ordre de deux revenus individuels médians. Les grands-parents sont donc devenus les financeurs principaux de nombres de familles noires, confrontées par ailleurs à un chômage massif des jeunes, plus de la moitié de ces derniers étant sans emploi à l’âge de 20 ans…

«En raison de ce contexte singulier, l’Afrique du Sud constitue un terrain d’étude remarquable pour qui veut comprendre l’impact des aides entre les générations. C’est pourquoi j’ai choisi d’y mener mes recherches », expose Priscila Souza.

Premier élément intéressant : si c’est le grand-père qui dispose d’une retraite, l’impact est presque nul car le grand-père partage d’ordinaire assez peu. Si, en revanche, c’est la grand-mère qui touche une pension, elle en fait profiter l’ensemble de la famille et les conséquences en termes d’activité des jeunes sont mesurables.

Une incitation à la paresse ?

Les recherches de Priscila Souza montrent que lorsque leurs grands-mères commencent à toucher une pension, le nombre d’heures de travail moyen des jeunes diminue d’un quart, et que la probabilité qu’ils aient travaillé la semaine précédant l’enquête, baisse encore plus. Son enquête révèle par ailleurs que le temps ainsi libéré ne leur sert pas à étudier davantage ni à aider à la maison, les jeunes soutenus financièrement s’impliquant même un peu moins dans les travaux ménagers…

« Cette plongée dans l’assistanat peut paraître inquiétante. Mais les pensions des personnes âgées permettent à l’ensemble de la famille d’avoir plus de temps libre, et d’autres membres s’investissent probablement plus dans les tâches ménagères», nuance Priscila Souza. « Il faut avoir conscience aussi que les jeunes noirs en Afrique du Sud, ne peuvent souvent obtenir que des postes physiquement dangereux, et à des distances considérables de chez eux. Les grand-mères cherchent à les protéger », explique-t-elle.

Pour l’économiste, cette redistribution familiale a donc aussi des côtés positifs importants. La famille est une source de soutien cruciale dans un environnement où les opportunités d’emploi sont rares. D’autant que l’aide financière n’est pas apportée ici au hasard.

 Aider davantage les plus courageux

« Les grand-mères sud-africaines agissent différemment selon que les jeunes font ou non des efforts pour gagner de l’argent par eux-mêmes. J’ai mesuré qu’elles soutenaient  deux fois plus fréquemment leurs petits-enfants, lorsque ceux-ci ne parvenaient pas à trouver de revenu pour des raisons indépendantes de leur volonté, à cause d’une maladie par exemple », observe-t-elle.

« Les jeunes peuvent évidemment faire semblant de chercher un travail pour être plus gâtés, mais ils ne seront pas forcément crus. Dans tous les cas, la grand-mère a une vision plus fine de la réalité de leurs efforts qu’un fonctionnaire d’une administration publique qui leur donnerait des indemnités chômage, et elle imagine souvent des procédés sophistiqués pour encourager leurs efforts », insiste l’économiste.

Jusqu’où aider ? Comment soutenir sans inciter à la paresse ? Le dilemme des grand-mères sud-africaines est aussi un peu le nôtre par ces temps de crise. On sait qu’en France aujourd’hui, près d’un million de jeunes entre 15 et 25 ans, ne sont ni en formation ni en emploi. « En Afrique du Sud, les parents ne poussent pas les jeunes dehors s’ils ne travaillent pas. Ils leur procurent toit et nourriture. Mais ils cultivent aussi leur insatisfaction et ne compensent pas systématiquement les chutes de revenus afin qu’ils aient un vrai intérêt à gagner leur vie », expose Priscila Souza. Un modèle pour les familles françaises ?


Priscila Souza

Priscila Souza est chercheur à l’école d’économie de Toulouse (TSE) et membre de l’Institut des Etudes Avancées de Toulouse (IAST), centre de recherche interdisciplinaire d’excellence hébergé par Toulouse Capitole.
Titulaire d’un doctorat de l’université américaine de Yale, elle consacre ses travaux à l’économie du développement et à l’économie du travail.

Son article sur les transferts entre générations et leur impact sur l'activité des jeunes
Universit� Toulouse 1 Capitole
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